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Résultats du grand jeu concours Généapsy en partenariat avec Le Pèlerin magazine "Le repas de Noël"


formation constellations familiales MAUD PANNEQUIN


Durant les festivités de fin d'année, L'école Généapsy  et le Pèlerin ont lancé le concours de récits « Un repas de Noël ». Vous avez été nombreux à nous envoyer votre texte racontant une scène réelle d'un réveillon tirée de votre enfance et nous vous en remercions ! Le jury a délibéré et est heureux de vous dévoiler les récits des 5 premiers gagnants(tes). 

Le premier prix recevra une carte cadeau de 500 € pour une formation Généapsy et une invitation à une master class d'écriture du groupe Bayard, avec un écrivain renommé, animée par Catherine Lalanne (valeur 60 €).


La gagnante du concours de récits « Un repas de Noël »


L’héroïne de Noël

C'est le 24 décembre. Je trépigne d'impatience. À la télé, Tino Rossi chante « Mon beau sapin ». Le nôtre de sapin est gigantesque, il dévore une grande partie de notre salon, mais il est merveilleux. C'est moi qui l'ai décoré, c'est mon privilège, normal je suis la plus jeune. Il croule sous les décorations. Je l'ai paré d'une tonne de guirlandes, sans oublier la lumineuse évidemment. J'ai accroché des petits sujets sur toutes les branches disponibles, il a même fallu que je grimpe sur un tabouret pour atteindre les branches les plus hautes. Tata Angèle m'a grondée:

- Et qu'est-ce que je vais dire à ta maman si tu tombes et que tu te tues?


Tata Angèle exagère toujours, c'est son côté mère poule et son sang italien aussi. Elle craint sans cesse qu'il ne m'arrive quelque chose de grave. De toute façon maman n'en saura rien puisque je ne passe jamais Noël avec elle. Maman vit avec son nouveau mari dans un chalet à la montagne, mon père vit avec sa nouvelle femme dans une maison à la campagne. Et moi je vis avec Angèle, la sœur de mon père, mon ange gardien, dans un petit appartement de banlieue parisienne. Est-ce que cela me rend triste? Non. À vrai dire je n'y pense même pas, je n'ai pas le souvenir de cette séparation, je sais juste que je suis venue passer un été avec mon oncle et ma tante, j'avais trois ans, pour qu'ils m'emmènent en vacances à la mer… c'était il y a six ans et je vis toujours avec eux. Je m'agite, mon oncle me rappelle que le Père Noël me regarde et qu'il ne passera pas si je ne suis pas sage. Cause toujours! Déjà j'ai neuf ans et en plus ma copine Véro m'a dit qu'il n'existait pas de toute façon. Au début je n'ai pas voulu la croire, mais elle m'a raconté qu'elle avait vu ses parents déposer les cadeaux sous le sapin, la nuit, quand ils les croyaient endormis. J'aurais bien aimé le vérifier par moi-même, pour être sûre. Mais impossible, l'appartement est si petit qu'on entend même tonton ronfler, et on dirait que tata ne dort jamais: si je respire un peu fort, elle est déjà à mon chevet avec un thermomètre! Je m'agite parce que j'attends mes autres oncles et tantes et surtout ma cousine Murielle. Elle a mon âge et on s'adore.


On va être drôlement nombreux. Faut dire que mon père a neuf frères et sœurs, mais y en a deux qui sont déjà morts, je ne les ai pas connus. Ils ne viennent pas tous, rien que la moitié, mais ça fait du monde pour un si petit salon. On va être serrés autour de la grande table, même avec les deux rallonges. Mais ce n'est pas grave parce que c'est rigolo quand mes tontons et tatas ont un peu bu, ils se mettent à chanter et à parler fort chacun avec l'accent de sa région. Avec Murielle, on se moque un peu et on rigole bien. C'est toujours tata Angèle qui cuisine, elle cuisine comme un grand chef, tout le monde le dit: « Chez Angèle il n'y a pas de chichis mais on mange comme des rois. » Je ne sais pas ce que c'est « des chichis » je n'en ai jamais mangé. Mais sa dinde aux marrons et sa bûche au chocolat, j'adore! Ça bouge dans l'entrée, mon père vient d'arriver avec d'autres membres de la famille, on s'embrasse, on jette les manteaux sur les lits. On commence à être nombreux, il y a de la buée sur les carreaux de la salle à manger. Mon père ne parle pas beaucoup, mais il boit beaucoup. Il ne me fait pas de câlins, il ne doit plus savoir comment faire, ce n'est pas grave, je ne lui en veux pas. En plus tata Angèle quand elle parle de lui, elle dit toujours « le pauvre Lulu », alors je le laisse tranquille. Murielle arrive enfin, je me jette dans ses bras, on a des tas de secrets à se raconter. Tout le monde s'installe et on commence à prendre l'apéritif. Soudain, tata me fait signe de la rejoindre dans le couloir.

- Tu as une visite surprise!


Bizarre, elle chuchote et semble embarrassée. Je pousse la porte d'entrée et je découvre… maman! Je me jette dans ses bras. Elle sent si bon et son manteau de fourrure est si doux! Ma mère est mon héroïne, lorsque je passe des moments avec elle, je ne me lasse pas de la regarder, en silence, pendant des heures: lorsqu'elle se maquille, lorsqu'elle bouge ses jolis doigts aux ongles vernis et ornés de bagues, lorsqu'elle rit… Elle est si belle. Elle ne fait que passer, elle voulait juste m'embrasser, me donner mon cadeau. Elle s'éloigne et soudain mon cœur se serre, je réalise pour la première fois que j'aimerais passer tous mes noëls avec elle, et même tous les jours de ma vie. Et je ne sais même pas pourquoi cela n'est pas possible.

Nathalie Lombard



 

Les quatre autres récits gagnants:




Un Noël pas comme les autres

C'était un soir de réveillon de Noël des années 1970 chez ma grand-mère Margot, dans la petite maison qu'elle occupait à la fin de sa vie. Auparavant, ma grand-mère tenait le café du village de Souilly-en-Brie et, toute sa vie durant, elle avait vu passer du monde qui venait, soit chercher le lait, soit boire un petit blanc, soit jouer à la belotte. Il y avait aussi, dans le café, une salle de billard américain qui nous servait de salle de fêtes pour les réunions de famille. Les repas pantagruéliques de Noël, de Pâques, de mariages ou fiançailles se tenaient dans cette grande salle et tous les enfants et petits-enfants gardent encore le souvenir nostalgique de cette époque conviviale et fusionnelle. Bref, les Noëls dans la petite maison de la Rue du Moulin semblaient un peu tristounets après cette époque épique, même si nous étions toujours contents de retrouver ma grand-mère, une brave femme au cœur d'or chez qui la porte était toujours ouverte.


Ce soir-là, nous étions six autour de la table (mes parents, ma tante et son mari, ma grand-mère et moi-même) à déguster les traditionnels escargots persillés suivis de coquilles St Jacques, de fromages et d'une charlotte à la crème de marron, spécialité de ma mère. Pendant le repas, la conversation est venue sur un de mes cousins qui avait un grand et bel appartement à Enghien-les-Bains et organisait, ce soir-là, un réveillon avec la famille et de nombreux amis. Ce cousin avait réussi dans les assurances, aimait la vie et la bonne chair, le repas promettait donc d'être soigné et les invités seraient probablement triés sur le volet...Et c'est ainsi que germa dans notre tête l'idée d'une incursion improvisée chez le cousin Daniel et sa femme Pierrette. Je n'étais encore qu'une adolescente mais l'excitation qui s'était emparé des cinq adultes, m'avait entraîné dans son sillage et je me prêtais donc au jeu avec amusement: l'idée était d'arriver là-bas, habillés en paysans quelque peu attardés et de jouer, il est vrai, un peu les trouble-fêtes (par goût théâtral, par provocation, ou par frustration de n'être pas de la partie…..?).


Quoi qu'il en soit, la confection de déguisements-surprises nous occupa un bon moment avant de prendre la route pour Enghien: mon père avait récupéré un vieux chapeau en feutre élimé, des sabots de bois éculés, un tablier de menuisier et une jolie canne en bois d'acajou verni dont le manche était en métal argenté sculpté. Il avait fière allure! Ma mère, quant à elle, avait revêtu un tablier rouge à pois blancs sous son chic manteau de fausse fourrure, un bonnet et des moufles de laine, et avait embarqué avec elle le célèbre baril d'Ariel de l'époque, celui qui lavait plus blanc que blanc dans les sketchs de Coluche. Dedans, était caché le petit chat de ma grand-mère qui, ma fois, s'était à peu près plié aux désidératas de ces adultes inhabituellement déchaînés et fut emballé en deux temps trois mouvements dans sa niche insolite. Ma tante Amélie, quant à elle, avait un fichu sur la tête façon années 50, une vieille robe en dentelle noire par-dessus son pull-over de saison et emportait avec elle le cadeau pour la maîtresse de maison: une étrange boîte de gros chocolats, type Escargots de Bourgogne…. Son mari, grimé avec de gros sourcils broussailleux et une fausse barbe blanche empruntée au Père Noël, emportait le seau à charbon de ma grand-mère (elle avait encore un vieux poële à charbon sur lequel elle réchauffait bien des plats, faisant ainsi des infidélités à la splendide cuisinière à gaz qui trônait maintenant dans sa cuisine). Quant à moi, je tenais précieusement dans mes mains le vieux clairon cuivré, un véritable Couesnon, marqué « Fournisseur de l'armée » et présenté à l'Exposition universelle de Paris de 1900. Il se devait de reprendre du service!


Le voyage fût très gai, le dîner ayant été normalement arrosé de quelques verres de bon vin de la cave de Margot.Nous arrivâmes sur place un peu avant minuit et essayâmes de rassembler nos idées et nos accessoires. La nuit était froide et belle, et le ciel étoilé si mes souvenirs sont bons. Dans notre état fébrile, nous aurions même pu y voir le chariot du Père-Noël traîné par ses rennes…Nous montâmes l'escalier jusqu'au 1er étage dans une surexcitation du diable. Nous étions déjà dans le fou-rire rien qu'à l'idée de l'effet que nous allions produire. La lumière s'éteignit brutalement et nous arrivâmes sur le palier un peu à tâtons. Nous trouvâmes néanmoins la sonnette de l'appartement et la chance nous pris un instant sous son aile: la sonnerie retentit et laissa, de l'autre côté de la porte, les propriétaires pantois: elle ne fonctionnait plus depuis des semaines et notre arrivée retentissante, sur le coup de minuit, fit l'effet d'un coup d'épée magique! Pierrette vint entrouvrir la porte et fut sidérée d'apercevoir, dans la semi-obscurité, des membres de la famille qui se tortillaient, déguisés et hilares. Elle hésita un instant à nous faire rentrer mais son mari vint à la rescousse et comprit qu'il avait affaire à la bande familiale qui aimait faire la fête. Il aimait lui aussi rire et raconter des histoires drôles et se prit au jeu en nous voyant arriver dans cet accès de bonne humeur. Nous entrâmes avec nos accoutrements et nos breloques. Je sonnai du clairon tant bien que mal, le chat s'échappa en miaulant et se réfugia sous la table des convives éberlués. Ceci eut sans doute le mérite de les réveiller un peu, victimes consentantes d'un très bon repas composé de foie gras, de dinde et autres pièces gourmandes... Ils attendaient tous poliment Minuit, l'heure du grand déballage des présents de Noël amassés sous le sapin. L'ambiance semblait un peu guindée malgré le magnifique sapin enguirlandé, la somptueuse table à la nappe en dentelle garnie de couronnes de sapin, de fleurs et de bougies, le champagne servi dans des flûtes en cristal et les petits fours qui trônaient sur un joli plat de porcelaine ancienne…


Notre hôte fit tout son possible pour nous accueillir au mieux (nous étions SA famille) et même pour tirer parti de cette irruption imprévue de pseudo-paysans à l'allure cocasse. Sa femme avait dû mettre les petits plats dans les grands et soigner son image de maîtresse de maison presque parfaite (elle s'était mis sur son 31 un 24 décembre!): sa robe noire, de bon goût, au décolleté discret et aux manches transparentes, ses chaussures élégantes aux talons aiguilles à la mode, sa coiffure apprêtée aux mèches crêpées lui donnaient une allure très élégante. C'était, il est vrai, une bien jolie épouse et une femme de caractère. Comme elle était intelligente, elle sût s'adapter à la situation malgré quelques appréciations édulcorées peu après notre arrivée. Il est vrai que la boîte de chocolats remplie de boulets de charbon n'avait pas aidé à nous faire pardonner…Une fois le calme revenu, nous appréciâmes de partager avec les invités (les vrais, les officiels!) des propos décomplexés et la fin d'un repas festif: on nous offrit de la bûche glacée accompagnée de mangues légèrement poêlées ainsi qu'une petite liqueur de pêche de vigne très douce et sucrée. J'eus exceptionnellement le droit d'y goûter, du haut de mes 13 ans. Vint le moment des chansons: ma grand-mère qui était, jusque-là, restée très discrète, entonna quelques airs populaires ou d'opérette de sa jeunesse: la Belle Hélène, le Temps des Cerises, La Madelon et, bien sûr, sa chanson favorite, qu'on lui avait tant fredonné au comptoir de son café: "Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite donne-moi ton cœur!". La soirée se termina sous les meilleurs auspices et m'a laissé un souvenir ému. Je n'avais pas appris là quelque chose de très conventionnel pour la vie en société. J'avais juste appris à improviser, à m'amuser, à partager un bon moment avec des proches. Ce Noël n'était franchement pas comme les autres mais c'est cela qui lui a donné de la valeur. On en parle parfois encore dans la famille, les soirs de veillée au coin du feu ….

Evelyne Henry




Noël aux chandelles

Maman m'a envoyé chercher les petits pains ronds commandés la veille. Il fait froid, un voile de neige couvre les champs. Des chevaux hennissent, je m'approche et je vois la fumée qui sort de leurs naseaux. Snoopy le chien de la maison, un corniaud qui me suit comme son ombre aboie frénétiquement lorsqu'il aperçoit le labrador noir des voisins. La boulangerie est bondée, une délicieuse odeur de pain monte. J'admire la décoration des bûches de Noël surmontées de père noël en plastique, de sapins, de petites luges et de scies minuscules. Je sors de la boutique avec un grand sac rempli de petits pains chauds qui me réchauffe les doigts. Enfin j'aperçois la maison, les vitres sont décorées de dessins de Noël réalisés au pochoir. Dans l'entrée, je pose le sac sur un tapis aux couleurs de Noël et essuie rapidement les pattes du chien. Une odeur de dinde aux marrons s'échappe de la cuisine. Snoopy happé par l'odeur se précipite dans la cuisine. Maman en tablier s'active à arroser la volaille, la peau dorée craquelle sous le liquide doré. Snoopy s'approche tout près du plat:

- Halte là, Canaille!


Catherine, emmène le dans la salle et vérifie qu'il ne manque rien sur la table!Je pénètre dans le séjour, au fond de la pièce trône un immense sapin sous lequel de nombreux cadeaux attendent encore ceux qui n'ont pas dormi là. La table recouverte d'une nappe blanche est immense. Je vérifie l'emplacement des couverts, le nombre de verres, je plie les serviettes en papier puis je finis de disposer les gâteaux apéritifs dans les coupelles. Peu à peu, les invités arrivent , ça n'a pas été une mince affaire d'arriver ici ce matin. Cette nuit il y a eu une tempête, des arbres sont tombés sur les routes. Mon grand-père est en train de tronçonner celui qui l'empêche de partir de chez lui. J'espère qu'il va bientôt arriver. Mes oncles, tantes, cousins cousines viennent chacun leur tour m'embrasser et me demander ce que le Père Noël m'a apporté. S'ensuit une nouvelle distribution de cadeaux, il y a des papiers déchirés partout. Je goûte quelques chocolats et suçote des anges en sucre rose. Mes frères entouré des cousins ont entamé une partie de mini flipper dans le fond de la pièce. J'ai installé ma poupée Barbie dans ma chambre à l'abri de la cohue. Ma petite sœur allongée dans sa chaise longue est tout sourire, elle adore voir du monde et la musique. C'est tout ce qui lui reste depuis qu'une méningite l'a privé définitivement de la parole et de la marche. Chacun va l'embrasser. Je scrute l'horizon et enfin je vois arriver la petite 4L de grand-père. Il se gare en contrebas et comme à chaque Noël, je le vois dégager du coffre une immense terrine de teurgoule qu'il a préparé lui-même. Je me dis « Zut, il va encore falloir que je porte le plat ». Chaque fois, ça se termine de la même façon, le plat rempli à ras bord ballotté par la montée des marches dépose un fin liseré de riz au lait sur le joli pull acheté pour Noël.


- Bonjour Grand père, joyeux Noël!

- Bonjour Catherine, tu tombes bien. J'ai encore les bouteilles à prendre. Est-ce que tu veux bien porter le plat? Fais attention il est plein à ras bord.

Je monte les marches précautionneusement mais l'inévitable arrive. Je regarde le liseré blanc sur mon pull bordeaux, dépose le plat dans la cuisine et fonce vers la salle de bain. Une fois les embrassades terminées et tous les paquets ouverts, tout le monde s'attable. Maman commence à servir l'apéritif, le ton des conversations monte. Les plats de charcuterie défilent puis arrive la dinde colossale et dorée accompagnée d'un petit plat creux empli de farce puis d'une saucière pleine à ras bord d'une sauce juteuse et parfumée. Juste le temps à chacun de se servir et puis soudain les lumières du sapin s'éteignent ainsi que toutes les autres pannes d'électricité… Heureusement, la réserve de bougies est suffisante pour terminer le repas. La lumière douce des bougies ajoute une part de magie à ce repas de Noël. La lumière et les ombres dansantes me rappellent la lueur de la lampe à pétrole de Louise, la tante de grand-père que j'ai connue toute petite et qui m'emmenait ramasser les œufs. Elle a quitté la terre le jour où les Américains ont atterri sur la lune. Dehors la neige recommence à tomber, tout le monde est content d'être là bien au chaud, rassemblés. Cinquante-quatre ans après, le matin de noël, bien loin de la Normandie, je scrute l'horizon et je rêve d'avoir une fois encore un liseré de riz au lait sur mon pull de Noël.

Ghislaine Geneslay





Noël du cœur

1999, du haut de mes 8 ans, je découvre le salon décoré pour le repas du réveillon. Le salon familial, c'est toujours là où nous fêtons Noël. C'est papa qui accroche les guirlandes brillantes au plafond, d'un bout à l'autre. Chaque année, je lui demande s'il les accrochera, chaque année, il me répond oui. Sans ces grands rubans de couleurs scintillants, la fête ne peut pas commencer pour moi. Elles sont vieilles, je les ai toujours connues et il y a quelque chose dans leurs éclats qui me rassurent, il y a des choses qui ne bougent pas, et c'est tant mieux. Et je remarque que le sapin est plus petit que l'année dernière, maman dit que c'est parce que j'ai grandi. Ça doit être ça…alors l'année prochaine il faudra le prendre plus grand. J'aime tendre ma tête pour admirer sa cime. Et la couronne de lumière qui trône à son sommet. C'est ma préférée: il y a la tête du père Noël au milieu, et qui me fait un peu peur…mais surtout il y a les ampoules dentelées multicolores qui l'entourent, et qui clignotent frénétiquement. Les mêmes qui sont nichées dans les branches du sapin, et qui piquent les doigts quand on les installe (et les pieds si on marche dessus!)


Je vérifie que tous les sujets du sapin soient toujours en place: toutes les boules en verres, surtout celles qui sont creuses au milieu et qui donnent un si joli effet dans cet arbre, celles recouvertes de fils soyeux, celles en forme de pin ou de cloches. Les guirlandes épaisses et brillantes qui recouvrent presque entièrement le sapin, certaines perdent de leur superbe, un peu ébouriffées, plus très touffues mais il parait qu'elles sont là depuis « le début » alors la tradition veut qu'elles soient toujours à leur place. Dans le reste du salon, la crèche est installée, et attend son nouveau-né. Il n'y a plus beaucoup de mousse sur le toit de la grange mais je l'adore, c'est toujours maman qui l'installe. Et puis bien sûr, le carillon doré qui tourne grâce à la chaleur des bougies, avec à son sommet l'ange qui souffle dans sa trompette. Tout est fidèlement à sa place, sauf la table de réception: pourquoi est-elle adossée au mur? Pourquoi y a-t-il autant de place d'un coup dans cette pièce? Les couverts sont dressés, et maman a sorti comme tous les ans son argenterie et les coupes en cristal. Mais là encore, le compte n'est pas bon…il y a me semble-t-il deux couverts en plus. Personne ne m'a rien dit. Papa cuisine, c'est toujours lui le chef durant le réveillon. Et maman fait les toasts. Avec mon frère on préfère que ce soit maman qui les prépare car elle ne dit jamais rien quand on en pique un ou deux avant de réveillonner!


Je demande à mes parents pourquoi la table n'est pas dressée comme toutes les autres années? Maman me répond d'un ton naturel que c'est parce que nous recevons deux nouveaux convives: un père et sa fille qui a mon âge. Il parait que ce sont des amis de mes parents, mais moi, je ne les connais pas, et on ne m'a jamais parlé d'eux…D'un coup, la magie n'opère plus dans mon cœur. Pourquoi des étrangers viennent se mêler à nous dans cet instant si intime? Je me sens me replier sur moi-même, à l'intérieur de moi-même. Je vais bouder quelques instants, puis je décide de faire part de ma colère à ma mère: pourquoi des gens que je ne connais pas se joignent à nous?Toujours aussi calmement, et naturellement, maman me répond que cette année ils sont tous seuls, que tous les deux. Et qu'elle leur a proposé de se joindre à nous, parce que c'est ça le temps de Noël: partager avec les autres notre repas et notre Amour. Que ce n'est pas que les cadeaux et les cotillons, mais ouvrir notre porte aux autres quand ils sont seuls. Car cette année, il leur manque une personne importante. Je perds mes mots, et ma colère. Quelque chose s'éclaire en moi, comme une bougie qui s'allume et me réchauffe, quelque chose que je comprends profondément. J'ai un peu peur, mais maintenant j'ai hâte de les rencontrer. Les voilà enfin. Je suis assise à côté de cette fille, Vanessa elle s'appelle. Les adultes boivent beaucoup, les éclats de rire fusent et les toasts, le foie gras et le chapon sont déjà mangé. Je me lie d'amitié avec elle et nous jouons le reste de la soirée dans ma chambre comme deux sœurs. Ce Noël a une saveur particulière pour moi, j'en comprends le sens réel. Quand les au revoir arrivent, je souhaite les garder à la maison encore un peu plus. Je crois que notre famille s'est agrandie, c'est celle du cœur que nous choisissons.

Delphine Genevrier





Triste Noël

24 décembre 2002, j'ai 9 ans, presque 10. Je boucle ma ceinture, je gratte mon cou, faute à cet affreux pull que ma mère m'a obligé à porter pour « faire plaisir à mamie », les cadeaux sont sagement posés à côté de moi ( je ne crois plus au père noël depuis l'âge de 6 ans, merci à mon frère pour sa solidarité.) La route me paraît interminable, j'ai hâte d'y être, de retrouver mes cousins, mes grands-parents, et le reste de la famille que je vois peu et l'ambiance festive où rire et souvenirs s'embrassent. Je fais la bise à tout le monde, même tonton Charles qui pique. Je m'installe à la petite table des enfants qui prolonge la grande table des adultes. Les sujets fusent, actualité, politique, recette du ragoût, l'enfance de mamie, les bêtises de maman étant petite. Et tata Julie se lève soudainement, elle souhaite parler. C'est la sœur de Papa. Elle cherche ses mots, elle se frotte les mains, elle a peut-être froid, le chauffage est en panne.


- Alors voilà, j'ai rencontré quelqu'un.

- AHHHH!!! S'exclame la famille en chœur.

- Il s'appelle comment ton chéri?

- En fait, c'est une femme, elle s'appelle Caroline.

Je n'ai pas compris pourquoi tout le monde d'un coup s'est tu. Elle a dit une bêtise?

- Allez, arrête avec tes blagues!

- Quelles blagues?

- Tu ne vas pas nous dire que t'es gouine?

Gouine? Je ne connaissais pas ce mot, mais ça n'avait pas l'air d'un mot gentil, vu la tête de tata.

- On ne veut pas d'ça dans notre famille! Sale lesbienne!

Tata s'est mise à pleurer, elle est partie dans sa chambre. Je suis allée la rejoindre, j'avais de la peine pour elle, et je ne comprenais rien à la situation. J'ai frappé à sa porte de chambre. Elle m'a laissé rentrer.

- Ça veut dire quoi « Gouine » tata?

- Ce n'est rien ma chérie. C'est un mot qui n'a pas d'importance.

-  Mais pourquoi tu pleures alors?

-  Parce que je suis fatiguée ma puce.

- Caroline, c'est ton amoureuse?

-  Oui.

-  Je pourrai la voir un jour?

Elle n'a pas répondu, elle m'a prise dans ses bras et m'a murmuré:

- Tu es une petite fille extraordinaire, ne laisse personne t'offenser.


Je ne savais pas ce que voulais dire « offenser » mais peu importe, j'étais dans les bras de tata, et j'étais bien. Elle n'est plus sortie de la soirée. Elle est restée dans sa chambre. J'étais triste. Je n'ai même pas mangé la bûche, je n'avais même pas envie d'ouvrir mes cadeaux. Ce noël n'était pas comme les autres. Aujourd'hui j'ai 19 ans. Je m'apprête à partir fêter Noël en famille. Il y a toujours mes cousins, mes grands-parents, et tonton Charles qui pique. Tata Julie n'est pas là, elle n'a plus donné de nouvelles depuis 10 ans. Je fais la bise machinalement, je m'installe à la table des grands. Toujours les mêmes sujets ; l'actualité, la politique, la recette de la tartiflette, l'enfance de papy, le mariage pour tous… Et le souvenir du Noël de mes 9 ans me revient, les larmes me montent aux yeux, l'image de tata qui quitte la table en pleurs me donne mal au ventre. Et on sonne à la porte, c'est moi qui vais ouvrir. J'entends au loin crier

-  C'est qui?

Et avec un grand sourire, les yeux emplis d'amour, je dis en pensant très fort à tata Julie:

- Je vous présente Marion, ma petite amie.

Lola Berthomé







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